Devant la somme de fantasmes qui entourent les client(e)s de la chirurgie esthétique, il me semble nécessaire d’apporter quelques éléments de précision.
La chirurgie esthétique : pourquoi certain(e)s y ont recours d'autres pas ?
Psychologue, je reçois dans ma pratique, des personnes ayant eu recours à la chirurgie esthétique ou envisageant d'y avoir recours. Or, devant la somme de fantasmes qui entourent les client(e)s de la chirurgie esthétique, il me semble nécessaire d'apporter quelques éléments de précision.
Contrairement à ce qu'on peut communément penser, la chirurgie esthétique a peu à voir avec " l'image corporelle réelle du sujet " i.e. l'apparence extérieure d'une personne, celle qui est visible par tous.La chirurgie esthétique est, au contraire, en lien avec l'image corporelle fantasmée du sujet, c'est à dire l'image que le sujet s'est construit de son propre corps, dans son esprit.
L'image qu'un individu a de son corps (son image corporelle fantasmée) est le résultat d'un processus complexe mis en place dès la naissance et construit au fil des années par l'influence de l'entourage familial (puis, plus largement, celui de l'entourage social) aimant ou non, délicat ou non, narcissisant ou non. Cette image fantasmée peut être en total décalage avec l'image dite réelle du sujet.
Ce décalage est probablement un des facteurs explicatifs de l'agressivité, voire de l'agacement que suscitent les client(e)s de la chirurgie esthétique. Ainsi, existe-t-il dans l'imaginaire collectif, une distorsion entre ceux qui, aux yeux de la société, sont légitimes dans leur recours à la chirurgie esthétique parce que trouvés laids ou disgracieux et ceux qui ne devraient pas y avoir recours car ces derniers " n'en auraient pas besoin ".
Or, il est important de noter que lorsqu'une personne a recours à la chirurgie esthétique c'est sur son image fantasmée qu'elle demande correction. Cette image fantasmée est éminemment intime personnelle et profonde pour l'individu et personne d'autre que l'individu en question n'y a accès.
Ainsi, la récente démocratisation de la chirurgie esthétique a changé la typologie de ses clients. Ces derniers appartiennent à des classes d'âge et à des milieux sociaux hétérogènes et même si le sexe ratio est environ de 80-20 en faveur des femmes, le nombre de clients masculins est en constante augmentation. La chirurgie esthétique n'est plus réservée aux stars vieillissantes et aux bimbos avides de célébrité.
Une personne souffrant de complexes physiques construits par le regard parental et/ou renforcés par les railleries de cours d'école éprouve une souffrance psychique bien réelle que la chirurgie esthétique peut venir réparer.
De même, une femme ayant toute sa vie, tiré satisfaction d'un physique gracieux endure une vraie souffrance psychique lorsque cette grâce constitutive de son identité s'estompe à la faveur du temps ou de grossesses successives. Il ne s'agit alors pas de vanité mais d'une véritable souffrance psychique car cette personne se trouve attaquée dans son identité même.